Tatouage
L'origine du tatouage en Polynésie se perd dans la nuit des temps et il est probable qu'il existait déjà chez les migrants avant qu'ils n'occupent les îles. La pratique du tatouage serait née il y a environ 1500 ans aux Marquises.
Le mot vient du Tahitien tatau, qui signifie marquer ou dessiner. La racine du mot, ta renvoie aux verbes frapper, inciser. Le Docteur Berchon, traducteur du deuxième voyage de Cook vers Tahiti en 1772 employa pour la première fois le mot Tatoo. En 1858, le mot fut officiellement francisé en Tatouage. Les Européens ont redécouvert le tatouage lors des explorations dans le Pacifique sud avec le capitaine James Cook dans les années 1770 et les marins en particulier étaient particulièrement identifiés avec ces marques dans la culture européenne jusqu'après la Seconde guerre mondiale.
Le Marquisien pouvait être entièrement tatoué si son statut le lui permettait, y compris sur le visage et même la langue.
Le tatouage marquait une fonction dans la hiérarchie polynésienne qui faisait partie des exigences sociales, et il était plus important pour un homme que pour une femme d'être tatoué.
Premièrement, il marquait la différence entre les sexes et était aussi un élément de séduction. Dans la hiérarchie stratifiée tahitienne, les tatouages indiquaient le rang social. En effet, il y avait des tatouages réservés aux chefs, aux guerriers, aux hommes importants de la société…
Seuls les tahua tatau, des prêtres habilités à officier dans l’art du tatouage, avaient le droit d’exercer cet art divin. Ils étaient respectés et, en échange de leur travail, recevaient de somptueux cadeaux. Ils utilisaient des peignes en os ou en écaille de tortue aux dents aiguës, fixés à un manche. Ils posaient cet instrument sur la peau et l'enfonçaient au moyen d'un petit maillet.
Aux Gambier, le tatouage était obligatoire pour les hommes qui portaient tous un motif très particulier à Mangareva. Il s'agissait lors de l'adolescence de tatouer au-dessus des aisselles et dans le dos, un cercle. Au fil des années l'intérieur du cercle, divisé en quatre secteurs, était peu à peu noirci en laissant pour finir, une croix blanche au milieu.On peut l'identifier par les motifs les plus utilisés, une ligne brisée en z, ou la roue, répandue dans toute la Polynésie orientale. Les dessins pouvaient être nombreux sur toutes les parties du corps mais jamais sur le visage.
Le tatouage refait surface
Disparu depuis 150 ans, le tatau refait aujourd'hui surface. Profitant du renouveau identitaire en cours depuis les années 80, le "langage des Anciens" s'imprime à nouveau sur les peaux des jeunes générations. Interdit par les missionnaires au début du XIXe siècle, la pratique avait complètement disparu depuis. Quelques pionniers l'ont remis d'actualité en faisant venir des artistes samoans en 1982 et 85, à l'occasion des fêtes du Turai. Une première vague avait touché les rivages de la Polynésie à la fin des années 60. Tapu Bonnet, le plus ancien tatoueur de la région, évoluait déjà dans ce qu'il appelle "le langage des Anciens". D'autres y ont travaillé comme Tavana Salomon, arrivé de Hawaï à la fin des années 70 ou le danseur Teve, parti aux îles Samoa début 80, il en est revenu complètement bleu.Aujourd'hui, la volonté d'affirmer leur identité culturelle ou d'autres motivations personnelles, pousse de plus en plus de jeunes Polynésiens à se faire tatouer.
Aussi depuis une vingtaine d’années, le tatouage est devenu pour tous les Polynésiens une manière de perpétuer leur art ancestral. Grâce aux reproductions exécutées par les illustrateurs européens du XVIIIè siècle qui avaient accompagné les découvreurs, les motifs du tatouage n’ont pas été totalement « oubliés ». On les retrouve, sous différents aspects, dans les tapa, mais aussi sur des pétroglyphes redécouverts au XXè siècle aux Australes et aux Marquises.
