Tapa

Tapas Le tapa était un matériau essentiel à la vie
Le tapa est un matériau à l'apparence de tissu obtenu à partir de l’écorce de certains arbres grâce au procédé du battage. Il servait autrefois à la confection de vêtements ou de couvertures. Outre sa fonction vestimentaire, le tapa avait un rôle social important. Lors d'un mariage le couple devait souiller de sang un grand tapa blanc, dont la partie tâchée était enterrée dans le marae. Il était aussi utilisé au cours de rituel religieux ou funéraire. Le tapa était associé aux cadeaux et aux échanges. Il était un symbole de richesse.

Il existe sur le marché trois teintes naturelles de tapas. Cette différence de couleur est fonction du bois choisi. L’arbre à pain (maiore) donne un tapa beige. Le mûrier ou rosier de Chine (aute) permet d’obtenir un tapa blanc. La racine de banian (ora) lui donne une teinte marron.


Production du tapa
Tapas
La confection du tapa est une affaire de femmes, la part des hommes se fait antérieurement. Les hommes coupent de longues bandes verticales d’écorces de différents arbres (maiore, aute ou ora) arrivés à maturité. Les femmes prennent la suite des opérations. Elles laissent tremper 2 ou 3 jours les paquets d'écorces, roulées en boules, dans un ruisseau pour les assouplir davantage. Puis l'écorce est grattée avec un coquillage pour ne conserver que le liber (la fibre). Les femmes séparent les écorces de la partie verte qui sont ensuite placées les unes sur les autres sur une enclume faite d'un tronc d'arbre dur ou sur un caillou et le martèlement commence.

Tapas Le battoir appelé "ike", de section carré, présente quatre faces gravées sur lesquelles le nombre et la finesse des rainures augmentent. Les femmes utilisent cet outil en observant les effets de chacune des faces, et améliorent ainsi leur travail. L'écorce devenue presque pâteuse, peut devenir très mince ou peut être redoublée de plusieurs autres couches pour obtenir un tapa épais. Ce travail est rythmé et accompagné de chants cadencés.

Une fois l’opération achevée, l’artisan obtient un tapa qu’il séchera. Il pourra ensuite y peindre des motifs figuratifs et le plus souvent géométriques à l’encre noire, semblables à des tatouages, ou l’immerger totalement dans une teinture. L’artisan pourra aussi imprimer des motifs au moyen de fougères et d’autres feuilles, ou à l’aide de bambous gravés. Enfin il pourra brunir le tapa par exposition à la fumée.

Comme colorant, on utilise la sève rouge foncé extraite de la racine de l’Hernandia,(Ranunculales hernandinacées) qu’on obtient par raclage et essorage, en y ajoutant de la terre rouge, de la suie ou un mélange des deux. On pétrit la terre rouge avec de l’eau et on en fait des briques, qu’on racle ensuite pour obtenir une poudre colorée. Pour produire de la suie, on brûle des noix de bancoul ou on noircit une boîte de conserve en la plaçant au-dessus de la mèche fumante d’une lampe à pétrole. On applique la couleur avec des tampons en membrane d’écorce.

Quand le tissu remplaça le tapa
Tapas En Polynésie, les petits tapas servaient de cache-sexe aux femmes. Seuls les hommes pouvaient utiliser un tapa qui, d'une part leur servait de pagne et, d'autre part, servait pour l'emballage des objets inaliénables appartenant au clan – par exemple, les écheveaux tabou et incessibles de monnaie de coquillage (les croyances voulaient que, si on utilisait ce trésor ancestral comme paiement, le clan s’éteindrait.)

À l'arrivée des premiers missionnaires européens, le tapa a perdu de sa souplesse et de sa finesse car les missionnaires ont introduit le tissu en Polynésie. Depuis, le tapa est devenu un élément décoratif ornant les murs des salons.

Aujourd'hui, on peut trouver du tapa essentiellement aux Marquises. Il est rare de voir encore dans le reste des archipels la confection du tapa. C'est un savoir faire de la culture polynésienne qui se perd.

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